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POINT DE SITUATION | ÉTATS-UNIS

Vendredi 31 juillet 2020 [Analyse des données du 30/07/2020]

150 000 morts et une situation toujours préoccupante

 

Des courbes inquiétantes

 

Il est toujours délicat de tirer des conclusions sur la situation aux Etats-Unis où la pandémie soulève de nouveau de profondes inquiétudes, à raison, depuis plusieurs semaines. Depuis début juillet, le nombre de nouvelles contaminations identifiées quotidiennement oscille entre 50 et 70 000. Par ailleurs, 60 000 personnes sont toujours hospitalisées, un record depuis le début de l’épidémie.

En ce qui concerne les décès, la barre symbolique des 150 000 victimes a été franchie jeudi. Et si les pics de fin avril / début mai aux alentours de 3 000 décès quotidiens semblent toujours loin, les dernières données ne sont guère rassurantes. En effet, depuis une dizaine de jours, plus de 1 000 victimes sont répertoriées quotidiennement. Selon le consensus scientifique, la vague des décès suit de 3 à 4 semaines celles des contaminations. Ainsi, malgré les progrès côté médecine et un profil de malades plus jeunes, les courbes de décès ne devrait pas baisser, au contraire, dans un futur proche.

En valeur absolue, les Etats-Unis sont de loin le pays de plus touché au monde devant le Brésil (91 263) et le Royaume-Uni (46 084). Ils n’apparaissent toutefois qu’au 8e rang du classement des nations rapportées à leur population (avec un ratio de 46 décès pour 100 000 habitants contre 85 décès pour 100 000 habitants en Belgique et 45 pour la France).

Plusieurs modèles épidémiologiques avaient prédit que le nombre de 100 000 décès sera atteint d’ici juin et 127 000 à la fin du mois, et ont donc été vérifiés de manière assez précise. Une évaluation entre 160 et 175 000 décès est désormais avancée pour le 15 août. Si ces prédictions sont loin d’être parfaites, elles peuvent malgré tout délivrer de précieux enseignements, à plus d’un titre.

La situation demeure difficile à bien évaluer dans un pays vaste, touché de manière disparate et dont les politiques ne sont pas uniformes au niveau des différents Etats. Le suivi – et donc la gestion globale de l’épidémie – se révèlent extrêmement laborieux. Un exemple ? Les données de dépistage diffèrent entre le CDC et les Etats… et peuvent aller jusqu’à des écarts constatés de 31% comme en Floride !

 

Une flambée de nouveaux cas… et une épidémie hors de contrôle ?

 

Les USA connaissent depuis maintenant plusieurs semaines une nouvelle flambée de contaminations avec des courbes en hausse dans la majorité des Etats. L’OMS recommande de mettre en place des mesures de confinement si 5% des tests effectués dans une région donnée sont positifs sur une période de deux semaines. Aux Etats-Unis, 34 Etats présentent actuellement des chiffres supérieurs à ce seuil ! La Floride inquiète tout particulièrement, comme le Texas, l’Arizona, le Mississippi, l’Alabama, la Géorgie, l’Idaho, le Kansas, le Nevada ou la Caroline du Sud.

Une stabilisation est évoquée dans certaines zones, mais il faut se méfier de l’interprétation de ces chiffres. En effet, en Floride ou au Texas, par exemple, on assiste à un embouteillage au niveau des tests. Les résultats mettent plusieurs jours à être communiqués et ne permettent pas un suivi précis en temps réel. Anthony Fauci, l’immunologiste en chef de la Maison Blanche, s’est récemment dit particulièrement inquiet, n’hésitant pas à déclarer que le pays était « enlisés jusqu’aux genoux dans la pandémie ». Des scientifiques répondent par l’affirmative à l’évocation d’une épidémie de nouveau hors de contrôle.

 

coronavirus-cas-USA

 

Au total, 4 495 224 cas ont été confirmés aux USA – pour plus de 54 millions de tests pratiqués au total selon les chiffres de The Covid Tracking Project. A titre de comparaison, le 2e pays le plus atteint est le Brésil avec plus de 2 600 000 dépistages positifs. Malgré une augmentation des tests effectués, les chiffres réels demeurent vraisemblablement supérieurs. Quant à la stratégie choisie, elle soulève bien des questions et The Vox pointe les carences de celle-ci dans une vidéo fort bien conçue.

Le suivi élaboré par Politico propose un suivi précis de l’apparition quotidienne des cas dans le pays. Il peut être complété par un nouvel outil de visualisation, mis au point par Peter James Walker de PublicRelay, qui permet notamment de suivre les campagnes de dépistage Etat par Etat. Par ailleurs, le processus pour tester les personnes se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît, ainsi que le détaille cet excellent article de Vox. La stratégie – ou l’absence de stratégie – de l’administration Trump pourrait également avoir de sérieuses conséquences. A l’instar de la France – et de tous les autres pays -, le décompte exact est rendu impossible en raison du décès de personnes non diagnostiquées.

Le décompte représente une opération très délicate, et l’on peut déboucher, sans surprise, sur des bilans sous-évalués ou à l’inverse sur-évalués. En outre, le CDC aurait confondu les tests de viralité et ceux visant à identifier des anticorps dans ses bilans, ce qui n’arrange rien à l’affaire…

 

La situation à New York

 

New York reste l’Etat le plus touché avec un bilan létal estimé entre 25 000 et 30 000 victimes. L’écart entre les bilans des autorités locales d’un côté, et eux du CDC et de la JHU de l’autre, correspond aux 5 000 personnes « probablement décédées » du coronavirus, sans qu’il y ait pu avoir confirmation officielle. Les mesures prises ont malgré tout porté leurs fruits. Les courbes sont désormais à la baisse depuis plusieurs semaines et les chiffres demeurent pour le moment plutôt rassurants. Jeudi, 586 personnes étaient hospitalisées, soit le plus faible total depuis le 17 mars. Dans le même temps, 73 000 tests ont été effectués, 1,06% seulement se révélant positifs.

L’évolution favorable de la situation a ouvert la voie à la réouverture. Aujourd’hui, les 10 régions que comporte l’Etat sont entrées dans la phase 3 du processus. Des stratégies pour réouvrir les établissement scolaires à partir de l’automne sont actuellement en cours d’élaboration.

Tous les yeux sont forcément rivés sur New York City qui est la 10e et dernière région de l’Etat à s’être lancée dans le déconfinement lundi 8 juin. Tout s’est déroulé selon le plan prévu et Big Apple est entrée dans la phase 3 à partir du lundi 6 juillet (avec quelques restrictions cependant, notamment sur l’accès aux lieux en intérieur). Le gouverneur Andrew Cuomo, inquiet quant à la recrudescence de cas dans une population jeune (21-30 ans), a appelé à la plus grande vigilance, menaçant de revenir en arrière si les habitants ne respectaient pas scrupuleusement les consignes.

 

Zones sensibles – La Floride touchée de plein fouet

 

Le New Jersey limitrophe est également sévèrement impacté avec plus de 180 000 cas et plus de 15 000 décès. La pandémie a d’ailleurs fait d’ailleurs bien plus de dégâts à l’est du pays jusqu’à présent. Ainsi, New York présente un rapport de 166 décès / 100 000 habitants – et 272 / 100 000 hab. à New York City. Ce chiffre est de 178 pour le New Jersey. En revanche, l’Ouest a été relativement épargné jusqu’à présent, bien que la situation soit en train d’empirer de manière inquiétante depuis maintenant plusieurs semaines. Ainsi, la Californie affiche un bilan de 23 décès pour 100 000 habitants (9 009 décès au total). Au Texas, deuxième Etat le plus peuplé, le chiffre tombe à 24 – contre 16 il y a une semaine (6 984 décès au total).

La pandémie est toutefois clairement entrée dans une deuxième phase. Les points chauds ont switché, avec une tendance actuellement à la hausse dans de nombreux Etats qui n’étaient pas les premiers touchés. Début juillet, la Floride est devenue le nouvel épicentre de l’épidémie avec un nombre de personnes contaminées qui a quintuplé en deux semaines – et des pics à plus de 15 000 nouveaux cas / 24h. Le « Sunshine State » a dépassé New York en nombre de cas et se situe juste derrière la Californie qui compte deux fois plus d’habitants. Malgré les propos se voulant rassurants du gouverneur Ron DeSantis, la situation dans les unités de soins intensifs est extrêmement inquiétante, voire critique. Dans l’Etat, où 253 victimes ont encore été recensées jeudi, une personne décède toutes les 8 minutes du Covid-19.

US-Covid-Cases

Au Texas, plus de 8 000 personnes sont hospitalisées dans l’Etat où le taux de mortalité a augmenté de + 57% depuis la mi-mai. Des phénomènes appelés les « covid parties » inquiètent, notamment après le décès d’un trentenaire qui avait participé à ce type de rassemblement dans l’Etat. Enfin, l’Arizona est l’Etat le plus sévèrement touché en matière d’intensité. La courbe des contaminations augmente ainsi 34% plus vite qu’en Floride et plus de 50% plus vite qu’au Texas !

La plupart des Etats du Sud, comme le Kansas ou le Missouri, présentent eux aussi des courbes inquiétantes. A l’inverse, les Etats de l’Est sont engagés dans des tendances nettement baissières.

Des foyers surgissent toujours. Le Texas compte cinq des dix clusters actuels avec la plus forte concentration de cas. Miami, avec plus de 68 000 cas récents, est la grande ville du pays la plus touchée. Phoenix, qui compte près de 30 000 cas, est aussi sérieusement concernée.

 

Les micro clusters

Source : New York Times

 

Déconfinement : en arrière toute ! Le cas emblématique de la Californie

 

Alors que les 50 Etats étaient engagés, à des niveaux différents certes, dans une logique de levée des restrictions, la donne a brutalement changé en l’espace d’une semaine et le pays est désormais engagé dans un scénario de confinement 2.0. En raison de la nouvelle flambée, un spectaculaire retour en arrière est opéré dans au moins 22 Etats. En Californie, le gouverneur Gavin Newsom a pris une décision radicale lundi 13 juillet. En effet, dans tout l’Etat, bars, restaurants et cinémas ont notamment été refermés. Par ailleurs, de nombreux commerces et services – centres commerciaux, bureaux, etc. – sont également concernés par ces mesures dans des comtés à risque. 80% de la population de l’Etat se trouve ainsi directement impactée par ce soudain retour en arrière ! D’autres Etats, comme l’Oregon ou le Nouveau-Mexique, ont également adopté cette logique.

Les Etats dirigés par des gouverneurs républicains (Géorgie, Tennessee, Floride, etc.) avaient été les premiers à enclencher la manœuvre du déconfinement. Les manifestations anti-confinement, illustrées par les images de militants armés dans l’enceinte du Capitole du Michigan, seront assurément un fait marquant de la période. Certains gouverneurs, à l’image de Brian Kemp en Géorgie, poursuivent dans une logique complètement farfelue. Ce proche de Donald Trump a ainsi, mi-juillet, promulgué un décret interdisant aux municipalités et comtés d’imposer le port du masque en public…

 

Avancée du processus de déconfinement Etat par Etat

 

Etats-Unis-reconfinement

Source : New York Times

 

 

Un article à lire

Inside a Houston hospital during a coronavirus surge (The Atlantic)

 

Le point Donald Trump

Donald Trump est dans les cordes… mais n’a pas encore dit son dernier mot ! Alors qu’il plonge littéralement dans les sondages depuis maintenant plusieurs semaines, le président américain a tout simplement suggéré qu’il serait peut-être bon de reporter l’élection de novembre. Dans un tweet publié jeudi, il a ainsi fait part de son inquiétude à propos du vote par correspondance universel qui pourrait déboucher sur le scrutin « le plus inexact et frauduleux » de l’histoire. Une nouvelle sortie lunaire qui devrait donner du grain à moudre à ses opposants.

 

Autres liens utiles

Les statistiques détaillées pour les Etats-Unis

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