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POINT DE SITUATION | ÉTATS-UNIS

Lundi 8 juin 2020 [Analyse des données du 07/06/2020]

 

Des signaux encourageants ?

Il est toujours délicat de tirer des conclusions sur la situation aux Etats-Unis. Il semble que la tendance soit malgré tout baissière depuis début juin, les pics de fin avril – début mai aux alentours de 3 000 décès quotidiens semblant aujourd’hui clairement derrière. Dimanche, 691 nouvelles victimes ont été enregistrées en 24h. Elles viennent s’ajouter à un bilan officiel qui a franchi la barre symbolique et redoutée des 100 000 victimes officiellement comptabilisées (110 782).

Plusieurs modèles épidémiologiques avaient prédit que le nombre de 100 000 décès sera atteint d’ici juin et ont donc été vérifiés. Le chiffre de 113 000 est désormais évoqué d’ici la mi-juin et celui de 127 000 d’ici la fin du mois. Si ces prédictions sont loin d’être parfaites, elles peuvent malgré tout délivrer de précieux enseignements, à plus d’un titre. La Maison Blanche a également revu ses prévisions à la hausse et évoque désormais un bilan qui pourrait aller jusqu’à 240 000 décès.

En valeur absolue, les Etats-Unis sont de loin le pays de plus touché au monde devant le Royaume-Uni (40 625) et le Brésil (36 455), qui vient de dépasser l’Italie. Ils n’apparaissent toutefois qu’au 9e rang du classement des nations rapportées à leur population (avec un ratio de 33,5 décès pour 100 000 habitants contre 81 décès pour 100 000 habitants en Belgique et 42 pour la France). La situation demeure difficile à bien évaluer dans un pays vaste, touché de manière disparate et dont les politiques ne sont pas uniformes au niveau des différents Etats. Le suivi – et donc la gestion globale de l’épidémie – se révèlent extrêmement laborieux. Un exemple ? Les données de dépistage diffèrent entre le CDC et les Etats… et peuvent aller jusqu’à des écarts constatés de 31% comme en Floride !

Environ 20 000 nouveaux cas sont déclarés chaque jour, soit une augmentation extrêmement régulière de + 1/2% / 24h. Au total, 1 938 842 cas ont été confirmés aux USA – pour plus de 20 millions de tests pratiqués au total selon les chiffres de The Covid Tracking Project. A titre de comparaison, le 2e pays le plus atteint est le Brésil avec plus de 690 000 dépistages positifs. Malgré une augmentation des tests effectués, les chiffres réels demeurent vraisemblablement supérieurs. Quant à la stratégie choisie, elle soulève bien des questions et The Vox pointe les carences de celle-ci dans une vidéo fort bien conçue.

 

 

Le suivi élaboré par Politico propose un suivi précis de l’apparition quotidienne des cas dans le pays. Il peut être complété par un nouvel outil de visualisation, mis au point par Peter James Walker de PublicRelay, qui permet notamment de suivre les campagnes de dépistage Etat par Etat. Par ailleurs, le processus pour tester les personnes se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît, ainsi que le détaille cet excellent article de Vox. La stratégie – ou l’absence de stratégie – de l’administration Trump pourrait également avoir de sérieuses conséquences. A l’instar de la France – et de tous les autres pays -, le décompte exact est rendu impossible en raison du décès de personnes non diagnostiquées. Le décompte représente une opération très délicate, et l’on peut déboucher, sans surprise, sur des bilans sous-évalués ou à l’inverse sur-évalués. En outre, le CDC aurait confondu les tests de viralité et ceux visant à identifier des anticorps dans ses bilans, ce qui n’arrange rien à l’affaire…

 

La situation à New York

 

New York reste l’Etat le plus touché avec plus de 375 000 cas. En ce qui concerne le nombre exact victimes, les bilans diffèrent. Les autorités locales évoquent 24 259 décès quand la JHU et le CDC avancent un chiffre de plus de 30 000 Cette différence correspond aux 5 000 personnes qui sont très probablement décédées de causes liées au virus sans qu’il y ait forcément eu reconnaissance officielle. Les mesures prises ont malgré tout porté leurs fruits. Les courbes sont désormais stables depuis plusieurs semaines. Le nombre d’hospitalisations, de personnes en réanimation et de nouvelles hospitalisations sont à la baisse.

L’évolution plutôt favorable de la situation a finalement ouvert la voie à la réouverture. A l’occasion du Memorial Day, l’accès aux plages a été restauré. 5 régions ont enclenché la phase 2 du processus de déconfinement et ont été suivies par 2 autres régions mardi et mercredi. Dans ces 7 régions, la possibilité de dîner en extérieur au restaurant vient tout juste d’être rétablie. Long Island vient d’assouplir les mesures de confinement. Enfin, tous les yeux sont rivés sur New York City qui est la 10e et dernière région de l’Etat à se lancer dans le déconfinement à partir de ce lundi 8 juin. Près de 400 000 personnes devraient retrouver le chemin du travail et Big Apple restera assurément un point chaud à surveiller dans les semaines à venir.

 

Zones sensibles

 

Le New Jersey limitrophe est également sévèrement impacté avec plus de 160 000 cas et plus de 12 000 décès. La pandémie fait d’ailleurs bien plus de dégâts à l’est du pays. Les Etats de New York et du New Jersey représentent à eux deux près de 50% du total des cas et 38% des décès. Ainsi, New York présente un rapport de 155 décès / 100 000 habitants – et 253 / 100 000 hab. à New York City. Ce chiffre est de 137 pour le New Jersey. En revanche, l’ouest est relativement épargné jusqu’à présent. Ainsi, la Californie affiche un bilan de 12 décès pour 100 000 habitants (4 653 décès au total). Au Texas, deuxième Etat le plus peuplé, le chiffre tombe à 6 (1 846 décès au total).

La pandémie semble toutefois entrer dans une deuxième phase. Les points chauds sont en train de switcher, avec une tendance actuellement à la hausse dans 17 Etats… qui n’étaient pas les premiers touchés. Le Texas arrive ainsi en tête des nouvelles zones sensibles, devant l’Arizona, l’Illinois, le Colorado et l’Ohio.

Des foyers surgissent toujours. Une explosion de cas vient d’apparaître à Logan dans l’Utah (641) et une croissance de + 21% en 24h, et une autre à Alamogordo au Nouveau-Mexique (417 cas, + 22% en 24h). Malgré les mesures préventives prises très tôt, la Californie n’est pas plus à l’abri qu’une autre région. Ainsi, 1 564 cas ont été identifiés à El Centro et 986 à Hanford-Corcoran lors des deux dernières semaines, avec des tendances qui demeurent à la hausse. Idem pour le Texas où  Huntsville a enregistré 1 395 cas sur la dernière quinzaine. Beaver Dam, dans le Wisconsin, connaît également une éruption au niveau des cas qui doit être surveillée (+ 13% en 24h).

 

Déconfinement

 

Le processus de déconfinement se poursuit à grande vitesse. Aujourd’hui, les 50 Etats sont ainsi engagés, à des niveaux différents certes, dans une logique de levée des restrictions.

Les Etats dirigés par des gouverneurs républicains (Géorgie, Tennessee, Floride, etc.) ont été les premiers à enclencher la manœuvre. Les manifestations anti-confinement, illustrées par les images de militants armés dans l’enceinte du Capitole du Michigan, seront assurément un fait marquant de la période. En Californie, les autorités se montrent bien plus prudentes, notamment à Los Angeles et San Francisco. Dans le comté de Los Angeles, les directives de confinement devraient ainsi être prolongées de 3 mois. A New York, les 10 régions sont désormais engagées dans un processus de déconfinement et l’accès aux plages a été rétabli à l’occasion du week-end du Memorial Day. Les grands parcs nationaux ont également rouvert leurs portes cette semaine, tout comme les célèbres casinos de Las Vegas. Les sportifs vont également retrouver le chemin du terrain. Les Ligues de basketball (NBA) et hockey (NHL) sont ainsi entrées concrètement dans un processus de reprise de la saison. De nombreux experts estiment le processus risqué et prématuré. Alors que le business reprend et que le pays est secoué de toutes parts avec les manifestations, The Atlantic n’hésite pas à parler d’une nation qui « lâche l’affaire » sur le volet pandémie.

 

Avancée du processus de déconfinement Etat par Etat

 

Source : New York Times

 

 

Un article à lire

New York City begins reopening after 3 months of outbreak and hardship (New York Times)

 

Le point Donald Trump

Donald Trump s’est fait un nouvel ennemi en la personne de Colin Powell. L’ancien secrétaire d’Etat de George W. Bush s’en est pris de manière virulente au président, l’accusant de « mentir tout le temps » et précisant qu’il voterait pour son rival Joe Biden lors de l’élection de novembre.

La réponse de l’homme fort de la Maison Blanche ne s’est pas fait attendre. Il a répliqué en rappelant, notamment, l’implication de Powell dans la guerre en Irak. « Colin Powell, un escroc responsable de nous avoir embarqués dans les guerres au Moyen-Orient, vient d’annoncer qu’il allait voter pour un autre escroc, Sleepy Joe Biden. Powell n’a-t-il pas soutenu que l’Irak possédait des armes de destruction massive ? Ils n’en avaient pas, mais nous avons quand même été entraînés dans la guerre ! »

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